«L’important, c'est le panache !»
(Entretien réalisé par Emmanuelle Duverger pour la revue Médias n°12).
On vous qualifie d’«intellectuel branché», de «conceptuel chic»...
On disait ça quand je faisais «Paris Dernière». Les gens pensaient que,
dans cette émission, je ne rencontrais que des branchés et des
«partouzeurs». Mais j’ai également croisé d’anciens et de futurs
Premiers ministres, de grands écrivains ou des vedettes très
populaires, comme Patrick Sébastien, Rika Zaraï ou Serge Lama. Je
m’intéressais à eux autant qu’aux autres. C’est d’ailleurs pour cela
que je suis arrivé sur Europe1, puis sur France Télévisions.
Vous détestez qu’on dise de vous que vous êtes un professionnel de la télé. Pourquoi ?
J’ai commencé la télé en 1994 : c’est donc ma douzième rentrée
télévisuelle. À ce titre, je suis un professionnel de la télévision.
Pourtant, lorsqu’on emploie cette expression, c’est en général pour
désigner un type qui rend l’antenne à l’heure et qui ne laisse pas
parler ses invités, ou préfère que rien ne se dise plutôt que de
choquer. Si c’est ça un grand professionnel de la télévision, je ne
veux pas le devenir. J’essaie de faire ce métier de façon atypique.
Sans respecter les règles. Par exemple, à Canal +, je n’applaudissais
jamais. On applaudit trop à la télévision: c’est ridicule. J’ai entendu
récemment sur Europe1 que le public avait applaudi 93 fois lors d’une
émission de Marc-Olivier Fogiel !
Vous n’êtes pas très confraternel...
Si ! J’ai une déontologie de la télévision, ou plus exactement, de moi à
la télévision; je ne l’impose pas aux autres. Avoir du panache, par
exemple, me semble fondamental. Aujourd’hui, faire une émission en
live, sans prompteur, avec quelques antisèches mais sans fiche, sans
livre à la main, avec ce que ça implique de savonnage, d’erreur de nom,
etc., ça fait partie du panache. Mais c’est un truc personnel.
Quelle est la spécificité de «Ce soir ou jamais» ?
Laisser parler les invités, qu’ils puissent finir leur phrase.
Le «mauvais client» — inconnu, qui s’exprime mal, hors sujet —, je ne
lui redonne pas la parole dix fois, mais je tiens à ce qu’il parle à
nouveau, comme les autres. J’ai invité un philosophe qui avait de gros
problèmes d’élocution dus à une grave maladie contractée à la
naissance. Il parle, pourrait-on croire, comme un handicapé mental. À
la télé, ça fait bizarre. Eh bien, il a parlé autant sinon plus que
tous les autres ce soir-là. J’ai fait venir Jean-François Bizot pour
parler de l’underground. Il n’avait plus de voix. Et sur le même
plateau, quelqu’un qui parlait par la gorge parce qu’il a un cancer.
Leur échange était surréaliste, mais ce n’est pas un problème. Ils sont
là, ils parlent.
Il vous arrive de recevoir des gens qui ne sont pas «politiquement corrects» ?
J’ai invité Dieudonné et ça a été salué partout. Enfin on a pu
l’entendre s’exprimer pendant vingt minutes. Je ne suis pas un
procureur avec les autres, je ne l’ai pas été avec Dieudonné. Je lui ai
posé toutes les questions que je voulais lui poser. Personne n’a dit
que j’avais été complaisant, mais personne n’a pu dire non plus que je
l’avais accablé de reproches. J’ai été avec Dieudonné comme avec Alain
Finkielkraut ou avec des gens qui ont des positions partisanes, non
conformes, difficiles à comprendre ou critiquables. Mon souci, c’est
qu’ils s’expliquent. Après, chacun se fait son opinion. C’est
d’ailleurs une question que j’avais posée à France Télévisions en
arrivant: y a-t-il une black-list ? Est-ce que je peux parler de tout ?
Vous avez dit que vous vouliez réinventer l’interview ? Ça consiste en quoi ?
Je ne réinvente rien. Chacun fait à sa manière. J’ai interviewé Le Pen
en 2002. Sans la moindre envie de le diaboliser. Comme Dieudonné, sans
agressivité, mais avec une vraie volonté de comprendre. Après mon
interview de Le Pen, je suis passé sur «+ Clair», l’émission de Daphné
Roulier, qui m’a demandé si je n’allais pas le banaliser. Banaliser Le
Pen, comme banaliser Dieudonné... Une fois qu’on a dit ça, on a tout
dit. Mais les journalistes diabolisent Le Pen depuis maintenant vingt
ans! Résultat, il était au second tour de la présidentielle de 2002.
Vous trouvez que c’est efficace comme stratégie ? En cinquante ans de
politique, il n’a jamais été au pouvoir. Il n’a jamais fait partie de
la moindre majorité, ni municipale, ni régionale. Il n’a eu aucune
influence sur notre vie à part dans le domaine des idées, au même titre
qu’un écrivain. Je lui ai dit: «Vous ne serez jamais au pouvoir et vous
le savez très bien.» Il n’a même pas discuté. Je lui ai demandé:
«Pourquoi vous êtes-vous emmerdé avec la politique?» Il m’a fait une
réponse géniale: «Et s’il me plaît à moi d’être battu ?» Si on l’avait
banalisé à mort, au lieu d’en faire le grand méchant nazi qui risque de
révolutionner le pays, il ne ferait peut- être pas de tels scores aux
élections...
C’est la première fois que vous avez une telle notoriété. Des ennemis aussi ?
Peut-être. Je suis arrivé avec des partis pris. Je n’ai pas voulu de
chroniqueur, par exemple. Alors, forcément, certains étaient
mécontents...
C’est du narcissisme de votre part ?
Cela a été pris pour de la mégalomanie, peut-être. J’ai fait le choix d’enlever la parole aux commentateurs pour la rendre aux artistes, c’est tout.
Vous avez prévenu que vous ne vouliez pas faire de «promo». C’est possible ?
Non, j’ai dit: «Je ne veux pas que la promo soit le seul message
culturel de mon émission. » Moi, j’ai voulu revenir au contenu. Prenez
«Indigènes». L’équipe du film a fait toutes les émissions et a fini par
la mienne. C’est le seul endroit où on a vraiment parlé de leur film,
de ce qui n’y figurait pas. Pour quelles raisons, par exemple, il n’y
est pas question de l’indépendance de l’Algérie. Est-ce pour être
gentil avec les Français ? Une vraie discussion. Pour quelqu'un qui
se dit paresseux, vous êtes un bourreau de travail...
Quand c’est votre projet, ce n’est plus du travail. Et puis, ça dépend
du rôle que vous vous donnez.
Il faut simplement être meilleur que les autres ?
Non. C’est un problème d’organisation. Ce n’est pas qualitatif. Même
si, effectivement, certains sont plus rapides que d’autres. J’ai
chroniqué un livre par jour sur Radio Nova pendant cinq ans, alors je
peux lire très vite. Je repère tout de suite les passages importants.
Je vais vite à l’info, à ce qui m’intéresse, à ce qui va faire une bonne émission sur Europe1. C’est mon côté pro. Pour France 3, je tâtonne encore.
Vous n’avez pas de formation de journaliste.Comment voyez-vous cette profession ?
Comme partout, le pire et le meilleur s’y côtoient. Les journalistes
sont souvent conformistes à l’égard de ce que pensent les gens qui les
regardent ou les lisent, et à l’égard de leur propre profession.
Qu’est-ce qu’on a le droit de dire ? Est-ce qu’on a le droit
d’interviewer Dieudonné ? Très souvent, les journalistes se sentent
obligés d’épouser le point de vue de leur public. Un animateur de télé sera toujours du côté de la majorité, parce qu’il veut faire de l’audience. Je me méfie de ce conformisme-là.
Le texte de cet entretien a été relu et amendé par Frédéric Taddeï. Je remercie LeBlogmédias.


Franchement...un jour je suis tombé sur l'émission de Taddéî... je crois qu'il était avec Françoise Hardy...Hardy , je l'adore...alors j'ai aimé... une autre fois , je crois il interviewvait...Etienne Daho...à la fin de son émission...j'adorais l'humanité d'Etienne , l'homme ..alors qu'au début j'appréciais seulement l'artiste...TaddéÎ..c'est un super comme dit une de mes filles de 14 ans..il crée un climat, une empathie...
Rédigé par: James | 21 mai 2007 at 23:48