Combien de jeunes se seront hier couchés angoissés et réveillés ce matin avec une boule au ventre ... Les sujets du bac philo. -source Le Figaro.fr-.
DISSERTATIONS :
Section L:
Le langage trahit-il la pensée ?
L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien ?
Série ES :
Que gagne-t-on à échanger ?
Le développement technique transforme-t-il les hommes ?
Série S :
Est-il absurde de désirer l'impossible ?
Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?
EXPLICATION DE TEXTE :
Série L : Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.
Il
n'y a pas de satisfaction qui d'elle-même et comme de son propre
mouvement vienne à nous ; il faut qu'elle soit la satisfaction d'un
désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire
de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par
conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement
ne sauraient être qu'une délivrance à l'égard d'une douleur, d'un
besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la
souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son
importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous
fait de l'existence un fardeau.
Or c'est une entreprise
difficile d'obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d'objet qui
ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur
la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une
fois faite, l'objet atteint, qu'a-t-on gagné ? Rien assurément, que de
s'être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d'être revenu à
l'état où l'on se trouvait avant l'apparition de ce désir.
Le
fait immédiat pour nous, c'est le besoin tout seul c'est-à-dire la
douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les
connaître qu'indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la
souffrance, de la privation passée, qu'elles ont chassées tout d'abord.
Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre
possession, nous n'en avons pas une vraie conscience, nous ne les
apprécions pas ; il nous semble qu'il n'en pouvait être autrement ; et,
en effet, tout le bonheur qu'ils nous donnent, c'est d'écarter de nous
certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le
manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans
intermédiaire s'offre à nous.
Série ES : Un extrait d' «Essai sur l'entendement humain» de John LOCKE
Quant
à savoir s'il existe le moindre principe moral qui fasse l'accord de
tous, j'en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans
l'histoire de l'humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout
de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement
acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l'être une vérité
innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l'accord
du plus grand nombre ; c'est un principe qui, pense-t-on, pénètre
jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus
grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l'abandon
de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.
Je
reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais
ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées :
elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et
on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices
mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu,
embrasse la justice comme un principe pratique.
La justice et
la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les
hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde,
doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l'équité,
sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que
ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de
vérité et de justice, qu'ils acceptent et reconnaissent ?
Série S : Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de TOCQUEVILLE
Les
affaires générales d'un pays n'occupent que les principaux citoyens.
Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ;
et, comme il arrive souvent qu'ensuite ils se perdent de vue, il ne
s'établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s'agit de
faire régler les affaires particulières d'un canton par les hommes qui
l'habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont
en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.
On
tire difficilement un homme de lui-même pour l'intéresser à la destinée
de tout l'État, parce qu'il comprend mal l'influence que la destinée de
l'État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin
au bout de son domaine, il verra d'un premier coup d'oeil qu'il se
rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus
grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu'on le lui montre,
le lien étroit qui unit ici l'intérêt particulier à l'intérêt général.
C'est
donc en chargeant les citoyens de l'administration des petites
affaires, bien plus qu'en leur livrant le gouvernement des grandes,
qu'on les intéresse au bien public et qu'on leur fait voir le besoin
qu'ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.
On
peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la faveur d'un
peuple ; mais, pour gagner l'amour et le respect de la population qui
vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus,
de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une
réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui
font qu'un grand nombre de citoyens mettent du prix à l'affection de
leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes
les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et
les forcent à s'entraider.
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