FAUX BLOG de Jacques Chirac :
Remarques : j'ai découvert ce blog début 2005 et le
20 mai 2005 la Présidence de la République aurait adressé un courrier à la
personne qui gérait ce blog en la priant de cesser immédiatement son
activité.
Avant d'insérer cet extrait j'ai effectué des recherches afin de vérifier si une interdiction de diffusion/reproduction se trouvait sur internet mais je n'ai rien vu.
J'aurais aimé rendre à César ce qui appartient à César mais je ne trouve plus aucune information sur l'auteur de ce faux blog.
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Bonjour à tous et bienvenue sur mon blog
Peut-être êtes-vous surpris, voire choqué que je puisse prendre le temps, avec les responsabilités qui sont les miennes, de naviguer sur internet et en sus d’ouvrir un site personnel. Les préjugés ont la vie dure, et qu’un Président perde des heures précieuses en racontant sa vie sur la toile peut paraitre déplacé. Je le comprends fort bien.
Pour
tout vous dire, je n’en voyais moi-même jusqu’ici pas l’utilité et n’en
ressentait aucun besoin. Même après l’ouverture du blog d’Alain Juppé, al1jup.com, l’intérêt de la chose ne me paraissait pas flagrant. Pourtant, son blog est amusant, mais ce n’est pas la question.
On
peut juste dire que je n’étais pas particulièrement client de ce genre
de vulgarisation. L’homme politique, l’homme de pouvoir, est encore
aujourd’hui quelqu’un sur lequel les gens fantasment. Le désacraliser
ainsi volontairement m’apparassait comme vélléitaire et, pour tout dire
malhonnête vis à vis des français.
Mais j’ai changé d’avis. D’abord parce que j’ai lu plusieurs blogs en plus du sien. Celui de Dominique Strauss-Khan, pour ce qui est de la politique, mais également certains journaux d’anonymes. Et qui concernent tous les sujets. C’était fascinant, et très instructif. L’envie m’a pris de me mettre au jeu. Je ne parlerai donc pas ici exclusivement de politique.
Ensuite parce que j’ai cru remarquer que, pour la plupart des gens, dévoiler un coin de leur vie sur internet leur faisait du bien. Et je ne suis, avouons-le, pas au mieux de ma forme. Je suis exténué, j’en ai assez de dîner avec de faux amis aux dents qui rayent le parquet, de serrer des mains moites en faisant des sourires, de travailler en entendant à chaque conseil des ministres ” la Positive Attitude “, ritournelle casse-pieds au positivisme forcené… Oui, parce que depuis qu’un des conseillers de Raffarin ( ou était-ce Bernadette ? Je ne sais plus… ) a eu cette idée de génie, que croyez-vous qu’il se passe ? En boucle, y a-t-on droit, à la Positive Attitude. Pour moi qui suis en pleine déprime, je vous assure que ça ne passe pas. Elle me reste encore coincée entre les amygdales, la Positive Attitude.
Vous
l’auriez entendu il y a quelques semaines, sur les 35 heures, le
Raffarin. ” Ces gens-là n’ont pas la positive attitude, ils ont une
négative attitude… Ils n’ont pas de Positives Propositions “. Et les
syndicats de répondre ” Le Premier Ministre a une autiste attitude ” ou
je ne sais quelle pirouette ridicule… Quel duel…
Finalement, tout ce
que l’on aura réussi à faire en récupérant cette chanson aura été de
déprimer tout le monde et de massacrer la langue française en mettant
systématiquement, à l’anglaise, l’épithète devant le mot attitude alors
qu’il doit être derrière. Chez moi, on a toujours dit ” une attitude
positive “. Tout ceci me fatigue…
J’ai donc décidé de me reprendre en main. Aujourd’hui, j’ai par exemple demandé à ce qu’on me serve des kiwis. Il parait que les kiwis sont très bons pour les gens un peu démoralisés. Ils contiennent plus de vitamines que les agrumes, et, ce qui ne gâche rien, sont bien meilleurs. Leur exotisme met de joyeuse humeur, et joliment présentés, ils donnent vraiment à votre repas un doux parfum de dépaysement. Une autre vertu des kiwis est qu’ils ne sont pas acides, et ils se mangent beaucoup plus facilement qu’une orange. L’orange vous glisse entre les doigts, ses pépins vous cassent les dents, et il n’est pas rare de se prendre un coup de jus au coin de l’oeil. C’est très énervant. Du reste, depuis un voyage à Strasbourg où on nous a servi des oranges sur un marché et où j’ai failli m’étouffer avec un pépin et un morceau de cet espèce de placentas qu’ils mettent dedans pour séparer les quartiers, je ne consomme plus guère de ces saloperies autrement qu’en salade.
Et puis avant de m’endormir, depuis lundi soir, je mange un peu de raisin. C’est agréable aussi. J’aime beaucoup le raisin. J’ai un ami qui possède des vignes absolument magnifiques, et il m’envoie régulièrement non seulement des bouteilles excellentes, mais aussi un raisin remarquable. J’ai rencontré ce type-là quand je travaillais encore au ministère de l’Agriculture. Il m’avait fait visiter son exploitation, servi un verre d’un vin exquis, et depuis, nous sommes devenus très copains. Régulièrement, il m’envoie une corbeille remplie de ses diverses productions avec une jolie carte que je punaise au-dessus de mon bureau. Il faudra que j’aille le voir un de ces jours, ça me détendra. Je prétexterai une inauguration quelconque.
J’espère avoir le temps de continuer mon blog cette semaine, mais il va falloir que je m’occupe de Thierry Breton. Je ne veux pas le voir se prendre les pieds dans le tapis comme Francis Mer ou Hervé Gaymard, et il ne s’agit pas non plus qu’il prenne une grosse tête à la Sarkozy. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas de chances avec mes ministres de l’Economie, depuis un certain temps. En attendant, Debré a été vicieux, il a dégotté je ne sais où Vatican III, un livre que Breton a écrit en 1985 dans lequel le Vatican invente un internet sans fil planétaire pour concurrencer les communistes… Ca a l’air du plus haut comique.
A très bientôt à tous, donc.
Jacques.
SECOND CONSEIL :
Le Conseil des Ministres de ce matin, autant le dire tout de suite, a été un véritable conseil de guerre. Je n’avais plus vu ça depuis les évènements en Irak, et Dieu sait que l’ambiance était déjà particulièrement tendue. La raison de ce choc émotionnel ? Le sondage, évidemment. L’institut de sondage CSA a rendu aujourd’hui public le fait que le Non au référendum passait devant le Oui. La Directive Bolkestein pose problème, c’est évident. Vis-à-vis des électeurs, j’avoue moi-même ne pas savoir quoi faire. Un coup de cognac et quelques dossiers ( ou un dossier et quelques coups de cognac ) devraient m’aider à y voir un peu plus clair. Pour prendre des décisions efficaces, un bon coup de fouet au moyen d’un alcool de grande qualité est parfois indispensable.
En dehors de ça, certains se sont copieusement gaussés en lisant les propos de Dominique Ambiel ce matin dans la presse. Raffarin, bien sûr, n’a que modérément goûté les plaisanteries, et moi-même, je réprouve les débordements humoristiques auxquels j’ai pu assister. Je ne sais pas si tout le monde se remémore l’affaire Ambiel. Ce conseiller en communication du Premier Ministre avait été arrêté de nuit, avec dans son attaché-case une prostituée roumaine de 17 ans. Depuis, il s’évertue à crier au complot et clame sa bonne foi. Il a d’ailleurs reçu le soutien de Clara Gaymard, ce qui fait que je commence à plaindre son mari. Je me demande si la soudaine médiatisation de sa famille ne va pas contribuer à l’enfoncer un peu plus. Le jour où son fils aîné montera au créneau pour glorifier Bernard Tapie ou Loïck le Floch-Prigent, il va tout plaquer, prendre sa retraire et se faire éleveur en Franche-Comté en pensant au bon vieux temps de ministère de l’Agriculture.
Bref.
Toujours est-il qu’après le conseil, quand tout le monde sortait, de
Villepin et Copé se sont amusés à improviser un sketch sur Ambiel.
Villepin jouait le policier, et Copé la prostituée roumaine. Raffarin,
qui perd décidément de plus en plus son autorité, était
involontairement placé dans le rôle de son ex-conseiller. Villepin
s’était confectionné une moustache avec un capuchon de stylo et un bout
de scotch ( quand on pense au prix de ces stylos, on se dit qu’il est
vraiment honteux que des ministres d’Etat s’en fassent des moustaches )
et Copé se promenait en roulant des fesses en faisant ” tou viennes mon
chou ? ” et en faisant des pichenettes à Raffarin, qui était coincé
entre deux fauteuils et ne pouvait pas s’enfuir. Je revenais de prendre
un des dossiers violets ( ceux du haut de l’armoire de la salle de
conférence ), quand j’ai assisté à cette représentation grotesque. J’ai
frappé violemment du plat des mains sur la table juste pour interrompre
Villepin qui disait : ” Alors, bonhomme, tu comptes aller où, avec
cette gamine ? ” et Copé qui répondait : ” C’est Monsieur Ambiel qu’él
m’a invité chez loui pour discouter de la référindoume sour la
Prostitoution Eropééne. ”
Les deux se sont stoppés net, et j’ai
entendu une mouche voler. Je vais me débrouiller pour raboter leurs
salaires en conséquence. Je déteste ce genre d’humour puéril, méchant
et surtout peu drôle. Si j’avais pu leur taper sur les doigts avec une
règle, je l’aurais fait. J’ai posé mes dossiers, j’ai dit ” zut ” à
Thierry Breton qui me demandait pourquoi diable son livre était nul, et
je suis parti rejoindre Schuessel à notre rendez-vous.
Schuessel
est le Chancelier autrichien. Il était venu parler de la Constitution,
il m’a finalement encore, et comme il le fait à chaque fois, parlé des
avantages des noeuds papillons par rapport à la cravate. Schuessel ne
porte quasiment que des noeuds papillons. A poids, à rayures, à motifs,
à vapeur, matin comme soir, soir comme matin. Il en a exactement 214,
qu’il range par ordre d’achat dans une armoire spécialement
confectionnée. Il m’a dit, réjoui : ” Tu vois, au moins, les gens
savent toujours quoi m’offrir pour Noël, ah ah ah ! “. La dernière
fois, il portait son noeud numéro 180, cadeau d’un enfant d’une
municipalité montagnarde remis lors de la Saint Wolfgang. J’avais eu
droit au compte-rendu complet de toute la cérémonie.
Un noeud
d’ailleurs ma foi fort laid, mais je n’en dirai pas plus, sinon lui
aussi va me demander d’envoyer quelqu’un s’excuser chez lui. Je le
connais bien, il prend mal la mise en boîte.
Je
vous remercie de vos messages, de plus en plus nombreux ces derniers
jours. J’ai demandé à ce qu’ils me soient désormais tous transmis,
censurés compris, et je les classe dans un cahier. Je crois qu’ils ne
sont pas tous publiés dans un souci de clarté ( et aussi parce qu’il
sont semble-t-il trop nombreux ), mais je les lis maintenant
exhaustivement, et suis ravi que ce blog soit devenu un moyen de
dialogue direct avec les Français. Je réfléchis à un moyen de
discussion internet hebdomadaire depuis l’Elysée ou le local d’un
média, peut-être que cela se fera un jour, et je répondrais bien
volontiers à vos questions et vos préoccupations.
Ensemble, pour faire de l’Etat Français un modèle dans les domaines de la liberté d’expression et de la démocratie.
Le 18 mai 2005 : A L'HOPITAL
Vous vous en doutiez peut-être un peu, mais je n’ai pas eu une minute à moi depuis quelques jours. Les déplacements, les ennuis de santé du Premier Ministre, les efforts de campagne à faire depuis l’échec total de Publicis, et la grogne due au lundi de Pentecôte ont mis à mal mon emploi du temps. L’envie de réécrire n’est revenue que lorsque le Président de Djibouti est venu en viste. Il m’a tellement cassé les pieds que, de rage, j’avais fini par reprendre la plume pour me calmer, mais en relisant le billet, je me suis rendu compte que c’était une véritable déclaration de guerre envers Djibouti.
Ce
n’est pas que j’ai tellement peur de Djibouti en tant que tel. C’est
tout petit et plein de mal nourris. Leur armée n’a rien d’effrayant,
que ce soit par le nombre ou par la force des combattants. Et ils n’ont
que 7 chars tout cassés et tout minables. Je ne prétends pas que
l’armée française soit la plus impressionnante de la planète, mais
contre Djibouti, je pense qu’on a nos chances. Bref, ce n’était pas par
crainte de ne pouvoir gagner une éventuelle bataille face à cette
formation ridicule.
Non, c’était tout bêtement par politesse. Même
si leur président est énervant, je tiens à manifester toute mon amitié
et toute ma sympathie au fier et honorable peuple de Djibouti.
Je
suis aussi allé à Moscou. C’est une bien jolie ville, où il fait très
froid. Vladimir Poutine a accueilli personnellement la délégation
française et en passant devant moi, il a fait semblant de me donner un
coup de poing en disant : ” Je ferai un effort à table, ah ah ah, vous
être trop chochotte “. Il a effectivement été plus détendu au déjeuner
que la dernière fois, mais rétrospectivement, c’était peut-être pire,
puisqu’il poussait de grands cris de kamikazes en découpant sa viande,
les yeux injectés de sang. Je n’ai rien pu avaler.
Ensuite nous
sommes allés fleurir des tas de tombes un peu partout, en chantant des
choses en russe et en restant bien droits. Puis je suis allé
m’expliquer avec Hu Jintao au sujet de ses textiles, mais il m’a offert
une veste d’intérieur en soie avec un dragon brodé en fils d’or, très
fin, alors, par politesse, je n’ai pas pu dire grand chose.
Le moment le plus préoccupant de la semaine aura été l’hospitalisation de Jean-Pierre Raffarin. Peut-être n’êtes vous pas au courant, mais votre Premier Ministre a été hospitalisé cette semaine de la vésicule biliaire, laissant tout son entourage mort d’inquiétude. Heureusement, l’opération s’est bien passée, et sa convalescence fut pour lui l’occasion de reprendre du poil de la bête. Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois par jour. Je lui ai apporté des fleurs, des chocolats, des kiwis pour lui faire une farce, un livre et un jeu de l’oie. Mon épouse lui a offert un rubik’s cube, vous savez, ce casse-tête énervant que de jeunes mathématiciens résolvent en une minute trente à la télévision quand vous êtes dessus depuis cinq mois. Et Nicolas Sarkozy lui a apporté une console de jeux électroniques portable, avec quelques cartouches, dont une très marrante où il faut empiler des briques qui tombent du ciel, et une autre où il faut être maire d’une ville. Avec ça, il ne va plus travailler. Si le non l’emporte, il faudra que je lui confisque.
Quelques
autres sont venus avec des présents. Dominique Perben lui a offert un
de ces livres de bibliothèque qu’on ne lit jamais, je crois que c’était
” Matisse, la passion fauve “. A la tête que Jean-Pierre a fait en
ouvrant le paquet laissait entendre qu’il n’était pas spécialement
porté sur la peinture. Il a été beaucoup plus enthousiaste devant le
disque de Johnny Hallyday et celui de Lorie que lui ont donné Philippe
Douste-Blazy et Michel Drucker. Olivier Besancenot lui a envoyé une
carte à musique ” Meilleurs Voeux de rétablissement ” sur laquelle nous
sommes tous restés perplexes, ( et aujourd’hui, je m’interroge
d’ailleurs encore sur le sens de ce geste ), et Dominique Ambiel lui a
offert un livre sur les promenades à faire dans les bois et forêts
d’Ile-de-France. Thierry Breton lui a fait livrer des maquettes de
vaisseaux spatiaux, et Jean-Louis Borloo, des Légos pompiers. Enfin,
Laurent Fabius est passé le voir pour lui expliquer que sa campagne
contre le Oui n’avait rien de personnel, mais qu’il fallait bien qu’il
pense à son avenir, qu’il était désolé, qu’il ne pensait pas que ça lui
détraquerait la santé, que si il avait su, il aurait été plus discret…
Fabius m’a l’air mal en point. François Hollande, convoqué l’autre jour, m’a expliqué qu’il s’excusait auprès de tout le monde, même auprès de ses propres partisans, toujours en expliquant qu’il faut bien qu’il pense à son avenir, que ça ne l’amuse pas de manger des saucisses avec José Bové ou de supporter Mélenchon, mais qu’il est bien obligé s’il veut un poste important et nourrir décemment sa famille dans les années futures… Puis il éclate en sanglots et reste prostré pendant des heures. ” Je n’ai rarement vu quelqu’un aller autant contre sa nature ” m’a confié Hollande ” il est toujours au bord des larmes, il en est déprimant. A mon avis, c’est le prochain à qui il va falloir offrir des cadeaux à l’hôpital. ”
Si quelqu’un a des idées…
3 mai 2005
FEUILLE DE NOTES
J’ai perdu une feuille de note. C’est emmerdant.
J’ai une intervention télévisée dans quelques
heures, et j’ai perdu une feuille de note. Je ne suis pourtant pas
quelqu’un de désordonné, mais quand j’égare quelque chose, je l’égare
bien, et il est impossible de remettre la main dessus. Et la moindre
contrariété, le moindre grain de sable dans les rouages de ma minutie
et de ma méticulosité me met vite les nerfs en pelote. Si je ne remets
pas la main sur cet aide-mémoire, ce soir, ce sera du joli.
J’ai
commencé par examiner un à un les papiers de la corbeille : il y avait
là pêle-mêle un emballage de barre chocolatée, deux lettres de
supplications de chômeurs
en fin de droit, une pelure de pomme, une circulaire informative, un
post-it de mon épouse me demandant de lui téléphoner dans l’après-midi,
un dossier sur Cadarache que j’avais fini d’étudier, et une carte de
vœux de Nicolas Sarkozy me félicitant pour mes 10 ans de présence à
l’Elysée. Carte du meilleur goût représentant un petit chien disant «
au revoir » avec la papatte lorsque l’on actionne une languette en
papier.
Mais pas ma feuille de note.
Dans
les tiroirs de mon bureau, rien de particulièrement digne d’intérêt
entre le faire-part de décès du Prince Rainier, une balle confisquée à
mon petit-fils lors d’une de ses visites et des lettres parfumées de vieilles dames me proposant de divorcer.
Et
dans les classeurs, rien que des papiers bien rangés, bien classés, par
ordre alphabétique, sauf dans un dossier sur les indépendantistes
alsaciens qui trainait là je ne sais pourquoi, vu qu’on ne s’en occupe
plus depuis longtemps. J’ai du vouloir relire des faits divers
insolites, sans doute. Et naturellement, toujours pas la plus petite
feuille de note.
J’espère
ne pas me tromper ce soir dans des chiffres ou sur des intitulés
d’articles. Le direct est un exercice difficile, ces derniers temps. On
devrait pourvoir enregistrer ces émissions. J’ai appris que Dominique
Strauss-Kahn, qui n’en finit plus d’explorer les nouvelles
technologies, avait quant à lui été malin et avait sorti un DVD. Au
moins, il ne risque pas de se tromper.
Je
l’ai regardé, c’est fort joli. Il se promène d’un pas calculé dans un
beau décor en image de synthèse, regarde différentes caméras d’un air
concerné, et des effets spéciaux amusants, quoique manquant un poil de
sobriété, viennent enrichir un format un peu triste. On dirait
Jean-Claude Brialy ou Robert de Niro.
Je
regrette de ne pas avoir eu l’idée du DVD. Normalement, c’est à moi
qu’aurait du revenir le privilège d’avoir un monologue bien écrit, sur
fond d’hymne européen. C’est moi qui aurait du dire ” mes chers
compatriotes ” entouré des drapeaux de la France et de l’Union. Au lieu
de quoi, me voici avec une bannière web évoquant un restaurant
mexicain, deux badges de contestataires de 68 et une campagne
publicitaire qui prend l’eau. Et quand Strauss-Kahn peut, lui, grâce à
des conseillers en communication compétents, s’adresser sans risque à
l’ensemble des français, ma propre fille me poignarde dans le dos en me
catapultant entre Marc-Olivier Fogiel, Jean-Luc Delarue et 83 jeunes
crétins, bêtes au point de se demander si le tri sélectif sera annulé
si il ne figure pas dans le Traité Constitutionnel.
Je
signale à toute fin utile que si la Constitution ne mentionne pas que
respirer est indispensable, ce n’est pas une raison pour s’arrêter. Ou
pour continuer à le faire en clamant que l’on est un marxiste
révolutionnaire, effectuant courageusement une Grève de la Mort pour
lutter contre l’oppression.
Ne
le nions pas : j’ai eu en voyant ce DVD un sérieux coup de vieux teinté
d’une pointe de jalousie. Néanmoins, la bataille pour ce Traité vaut
bien que l’on enterre la hache de guerre quelques temps. J’ai donc
convoqué DSK hier à l’Elysée pour lui proposer d’oublier les
divergences et les fâcheries, et de sceller une alliance forte, qui
permettra au Oui de prouver qu’il dépasse les clivages partisans. Et,
puisque nous sommes tout deux férus de technologie et que nous avons
compris la beauté d’internet, nous avons décidé, symboliquement, de
lier, de “linker” nos
blogs. Désormais, mon blog conduira au sien et le sien conduira au
mien, bien qu’il aie refusé - insolemment, je trouve - de placer ma
bannière au kiwis sur son site.
Qu’importe. La victoire vaut bien
quelques petits sacrifices. Et que cette initiative serve de leçon aux
personnes qui jouent le jeu dangereux de l’isolement politique.
Pour
conclure sur un registre plus sympathique, dimanche aura été une
magnifique journée. Des représentants des marchés de Rungis sont venus
à l’Elysée, personnellement, dans leurs camions, et m’ont exposé les
différents produits du terroir vedettes de 2005. Le muguet était
évidemment à l’honneur, j’en ai reçu de pleins bouquets, vu que tous
les marchands sont venus
m’agiter leurs clochettes sous le nez, et me suis découvert une
allergie au muguet que je ne me connaissais pas. Egalement bien côté
dimanche, le kiwi, naturellement, dont j’ai reçu pas moins de 17
corbeilles de cultivateurs inspirés que je remercie pour cet original
cadeau. En bonne position encore, les pommes, le poivron ( excellent
légume… fruit… ou légume… ), la tomate cerise, la violette, le piment
et le haricot vert, produits dont j’ai eu le privilège de goûter un
exemplaire de chaque. Je peux vous affirmer que les piments sont
particulièrement réussis cette année. Ma pauvre épouse pourra vous le
confirmer.
Petit bémol,
le brin de muguet du Président de la Semmaris. J’ai conclu mon discours
en le félicitant de son superbe brin de muguet, mais, au risque de
maintenant le peiner, il faut avouer qu’il n’était pas terrible, son
muguet, il était même franchement minable. Sur toutes les personnes
présentes, il avait le muguet qui se défendait le moins bien.
Clochettes minuscules, feuilles rabrougries et tige chiffonnée, à mon
avis, il avait du s’asseoir dessus sans faire attention, parce que
c’est de loin le brin de muguet le plus vilain qu’il m’aie été donné de
contempler.
Je n’ai toujours pas ma feuille de notes.
Et il faut que je parte.
Pourvu que je ne me trompe pas…
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